Jean-Marc Mojon : l’information, à quel prix ?



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Φωτογραφία του Ζαν-Μαρκ Μοζόν, δημοσιογράφου της AFP σε εμπόλεμη ζώνη

« On n’avait jamais vu dans l’histoire autant de journalistes tués » affirme Jean Marc Mojon, reporter en zone de guerre. À travers cette experience vécue à Gaza, il dévoile les risques de son métier aujourd’hui. À 49 ans, Monsieur Mojon s’est rendu dans plus de dix zones de guerre pour effacer ces frontières informationelles.  

Un journaliste « en zone de guerre »

« Le journalisme c’est donner aux gens la possibilité de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre pendant deux minutes » déclare Jean-Marc Mojon. Il ne se définit pas comme « Journaliste de guerre ». Il qualifie cette appellation de « terme limitant » préférant le terme de « Journaliste en zone de guerre ». Depuis 30 ans, Jean-Marc Mojon fait ce métier, et depuis 25 ans au sein de l’Agence France Presse (AFP). Il fait ses débuts en tant que pigiste. Lors d’une mission en côte d’ivoire, il se retrouve coincé dans un conflit civil déclenché par un coup d’état alors qu’il n’a que 22 ans. Monsieur Mojon réalise alors qu’il se sent « à l’aise dans ce genre de contexte pour travailler efficacement » malgré le danger et la pression. Il s’est spécialise dans le journalisme en zone de guerre à la suite de cet évènement. Plus récemment, il est devenu responsable de la sécurité des journalistes dans les terrains difficiles. Cette reconversion lui permet d’exploiter son expérience lors de formations intenses pour des futurs reporters. Pour les journalistes, il n’y a pas de journée type : réunions, formations, interventions sur le terrain, cela diffère d’un jour à l’autre.  

Un « parcours du combattant »

    L’entrée dans un pays en conflit se complique, les autorités contrôlant de plus en plus les visas journalistiques aux frontières. Monsieur Mojon qualifie ce durcissement de « parcours du combattant » pour les reporters. Les pouvoirs publics créent des « angles morts » afin de cacher ou atténuer ce qu’il s’y passe.  Dans certaines zones à haute tension, telles que la République Démocratique du Congo, l’accès y est tout simplement impossible, l’Etat l’interdit.

Dans d’autres lieux de conflits, comme à Gaza, les reporters étrangers y sont aussi interdits d’accès, mais les journalistes locaux sont tolérés. Monsieur Mojon explique toutefois que les reporters autorisés peuvent être exposés à des représailles des autorités locales. Menacés de censure ou de violences, ils doivent donc prendre plus de précautions sur les informations qu’ils transmettent.  Certains journalistes tentent de traverser les frontières illégalement, mais selon le reporter, « rentrer incognito, où que ce soit, devient de plus en plus difficile et de plus en plus risqué. ». Traverser la frontière terrestre devient un défi pour le reporter, avant même de faire face à la barrière informationnelle.

Après la frontière terrestre, la frontière informationelle.

  Une fois rentré sur un territoire, le journaliste doit faire face aux dangers internes. Dans certains lieux conflictuels, selon Monsieur Mojon, « on ne peut rien faire » comme à Dubaï, zone dans laquelle : « dès qu’on sort dans la rue avec une caméra, on se fait arrêter » . Dans ces contextes de guerre, il n’a jamais subi de graves blessures ou de kidnapping, il se dit « chanceux ». Cela montre l’insécurité chez les journalistes, qui sont de plus en plus victimes de cette barrière de l’information. Souvent, la plus grande menace semble être les armées. Toutefois, les plus grandes sources de dangers sont les kidnappings, les accidents ou encore les trajets en transports. Le climat d’insécurité est donc permanent, même en dehors du front à proprement parlé. Des précautions sont mises en place afin d’assurer la sécurité du reporter. 

Cependant, leur sécurité repose avant tout sur leur « responsabilité de ne pas faire n’importe quoi ». Le journaliste se doit malgré les dispositifs de sécurité d’être prudent, de ne pas se mettre en danger inutilement, « on est tous responsable de notre propre sécurité. »

« Plus rien à manger à la fin, il y avait des morts partout. C’était un moment où je me demandais si j’allais m’en sortir. »

  En 2004, Monsieur Mojon s’est retrouvé coincé dans un mausolée (sanctuaire) en Irak. En 2012, il n’a pu communiquer avec qui que ce soit en Syrie pendant plusieurs jours, cloîtré dans un sous-sol. Il a également subi des violences physiques : « Puis je me suis aussi fait tirer dessus », se retrouvant avec un éclat d’engin explosif dans son gilet par balles. La mise en danger du reporter a des conséquences non seulement sur lui, mais aussi sur sa société, sa famille, ses sources. Le journaliste doit donc prendre ses précautions sur le terrain, pour éviter le danger à lui-même et son entourage. 

Une fois rentré, est-on encore soumis par la barrière de l’information ?

  Une fois les informations acquises, le journaliste rentre chez lui et commence la rédaction. Il doit faire preuve d’auto-censure, action qui peut paraître limitante mais que Jean-Marc Mojon rationalise : « si l’on écrit tout ce qu’on voit, ça va forcément mal se passer pour quelqu’un. ». En effet, les informations publiées impactent non seulement le reporter, mais aussi sa société, les sources, les témoins ou encore le prochain journaliste sur le lieu. Il est donc essentiel selon lui de transmettre les informations de manière exactes, tout en ne mettant en danger personne. Il privilégie l’honnêteté à la neutralité : « On n’est jamais complètement objectif, on n’est jamais complètement neutre. ». Toutefois, il faut rester honnête avec le lecteur et lui proposer des faits.

  Il arrive également que les états interviennent sur la diffusion d’informations concernant leur territoire. Monsieur Mojon affirme avoir déjà vécu de la censure. « Bien sûr, on voit un truc et les autorités disent ‘vous ne pouvez pas l’écrire’ ». Il qualifie ça de « normal » qu’un gouvernement s’inquiète de l’utilisation de ces informations.Cependant, la censure devient « grave » selon lui lorsqu’elle a lieu après la publication de l’article. C’est dans cette situation qu’il « faut être prêt à défendre son travail. ». Il faut aussi faire très attention à la méthode de rédaction afin de ne pas pouvoir être attaqué là-dessus. Comme le dit le reporter, la méthode va être décortiquée par ceux en faveur de la censure, et l’article peut être supprimé ou modifié s’il y a des « trous dans la raquette ». 

Afin de contrôler les informations circulantes, les états dominent les réseaux sociaux. Ce sont « une des premières armes » utilisées par un pays. Jean-Marc Mojon dit même : « Pour faire la guerre aujourd’hui, il faut des drones et les réseaux sociaux. ». Les gouvernements s’en servent dans le but d’atténuer, cacher ou encore faire de la propagande constamment. C’est ici qu’intervient le journaliste de terrain, qui selon lui, a pour reflexe de « faire ce qui a besoin d’être fait parce que ce n’est pas fait. ». En d’autres termes, le reporter a pour rôle d’offrir l’information la plus honnête possible, en contournant l’influence médiatique des états. 

Quel impact psychologique ?

L’aspect final du métier de journaliste en zone de guerre, oublié mais évoluant, est l’impact psychologique. Jean-Marc Mojon en parle avec optimisme. Il y a 30 ans, il dit que la façon d’endurer les traumatismes était de « finir la bouteille de Whisky ». Le retour au foyer n’était pas encadré, des « mille-feuille de trauma » pouvais ramener les journalistes jusqu’à ne plus pouvoir tenir le coup. « il faut arriver à sortir de la guerre » ; les journalistes en zone de conflits connaissent des infos sans les transmettre. Ils vivent avec la sensation « d’être en décalage ». Ils peuvent rencontrer des difficultés au sommeil, ou avoir des comportements excessifs. A leur retour, ils peuvent être dans un état d’hypervigilance constante.

Monsieur Mojon dit avoir eu « beaucoup de mal à garer une voiture sans la mettre dans la bonne position pour repartir. ». Depuis 15 ans, une importance est donnée au sujet de la santé mentale, une définition de ces problèmes ainsi qu’une ouverture d’esprit éliminant le tabou. Le trouble du stress post-traumatique (TSPT) peut être soigné si un suivi psychologique est mis en place. Le TSPT est considéré comme tel après un mois de symptômes. Une prise en charge est donc nécessaire afin d’accompagner le ressortissant. A l’AFP, le suivi psychologique est obligatoire au retour de missions. Le journaliste affirme que la prise en compte de la santé mentale des reporters sur le terrain est une des seule sécurité qui évolue positivement avec le temps.

Georges Orwell écrivait : « le journalisme consiste à imprimer quelque chose que quelqu’un ne veut pas voir imprimer ». Dans des conflits où les frontières informationnelles se ferment toujours davantage, cette phrase semble plus actuel que jamais. Informer reviens désormais à franchir des barrières imposées au récit de la guerre et le journalisme devient plus qu’un métier : une lutte contre le silence.

Rédigé par Eva Toussaint-Couronne, Billie Klein, Daphné Selini, Salomé Zieba.