Située au Nord-Est de la Chine, la Grande Muraille de Chine est un ensemble de fortifications construit entre le 3e siècle avant J.-C. et le 17e siècle, sous les dynasties Qin, Han et Ming. Progressivement, cette frontière est devenue le symbole de l’identité nationale. Pourtant, cette dimension symbolique et identitaire n’a émergé que récemment.

21 196 km de constructions serpentent à travers les montagnes et plaines chinoises depuis plus de deux millénaires. En 1987, l’UNESCO incrit la Grande Muraille de Chine dans son patrimoine mondial. Il existe un écart entre la conception occidentale de la Grande Muraille de Chine et une certaine indifférence des Chinois·es à son égard. John CHANEY, doctorant en études chinoises à l’Université de Genève, explique que le lien entre la Muraille de Chine et l’identité nationale chinoise est conçu par les « autorités chinoises », ainsi que « la plupart des Occidentaux ».
La Muraille remplit initialement une fonction défensive. En effet, l’Empire l’érigeait pour se protéger des « barbares des steppes (…) quand il était en position de repli ». Ces « murs aux frontières » sont « construits en plusieurs temps, au gré des politiques et des besoins de la dynastie régnante ». Les murs n’étaient en fait qu’une partie d’un système complet de défense. Des murs principalement construits successivement sous les Ming, aux 15e et 16e siècles constituent la Grande Muraille visible actuellement. Cette « ligne relativement discontinue » distingue la Chine des populations extérieures : les peuples mongols et mandchous.

Un monument longtemps perçu négativement
La Grande Muraille n’a toutefois pas toujours été un symbole positif pour les Chinois·es. Cet édifice a longtemps incarné la mort, la guerre et la tyrannie dans l’imaginaire des ancien·nes Chinois·es. La souffrance, le fardeau des corvées et les morts du peuple lors des travaux de la Muraille ont marqué la mémoire populaire. Des légendes sont élaborées autour de la Muraille. C’est le cas de Meng JIANGNÜ, « dont les pleurs pour son mari mort en construisant la Muraille du Premier empereur font s’effondrer une partie de celle-ci, révélant les os du défunt. ». Elle illustre cette mémoire douloureuse. Cette mémoire est si bien ancrée dans la culture populaire qu’elle se retrouve dans la littérature. Effectivement, les murailles défensives constituent un topos dans la littérature, « portant l’aspect négatif des grands travaux ».
Avant 1911, outre le fait que leurs perceptions étaient négatives, ces constructions restaient banales. Le peuple chinois ne s’intéressait pas vraiment à la Muraille, contrairement aux Occidentaux qui l’ont toujours admirée. « Ce sont surtout les Européens qui ont contribué à cette image positive, magistrale de cette construction ».
D’un symbole de souffrance à une fierté nationale
Ce n’est donc que récemment, avec Sun YAT-SEN, aux débuts de la République de Chine (1912-1949), que cette vision négative a changé. « Il y a eu cette volonté de faire [de la Muraille] un symbole positif, un symbole de la grandeur du peuple chinois et de sa capacité à résister contre les envahisseurs étrangers. » La Muraille est alors devenue un emblème d’espoir et d’unité pour les Chinois·es, qui traversaient de nombreuses crises, révolutions, guerres civiles et invasions étrangères. Elle a fini par devenir un puissant outil de fierté nationale.
La Muraille et le tourisme dans la Chine contemporaine
Aujourd’hui, la Chine se sert de la Muraille comme instrument de soft power, symbole de grandeur et de résistance. Mais la Muraille sert aussi à développer son secteur touristique. Chaque année, elle attire entre 15 et 16 millions de touristes venus du monde entier. Les activités à faire sont nombreuses. Par exemple, depuis 1999, un marathon est organisé annuellement sur certaines sections de la Muraille. Pour le peuple chinois, la Muraille est un symbole et une fierté nationale, tandis que pour le reste du monde, elle incarne l’attrait et le mystère de l’Asie et de la Chine.
Finalement, « la Grande Muraille, telle que présente dans l’esprit des gens d’aujourd’hui, est le produit d’un mélange entre imaginaire des premiers Occidentaux arrivés en Chine et reprise nationaliste chinoise ». Ainsi, John CHANEY affirme qu’ « autour de la Grande Muraille, il y a plus de mythes que de réalité ».
Lizi BERBICHASHVILI, Ambre BRUNON, Juliette COURTOIS, Sarah VACELET, Tsiky WEBER
