Sahara Occidental

Omeima Abdeslam :

Ex Représentante du front Polisario pour la suisse et les organisations internationales a Genève. De 2013 a 2023.Je m’appelle Omeima Abdeslam. Je suis sahraouie. défenseure des droits humains. Je n’ai pas connu le Sahara occidental libre je suis née avant le mur, avant l’exil. Mon expérience du mur c’est d’abord l’absence de ma terre. Absence de membres de ma famille que je n’ai jamais pu voir. C’est aussi la présence de cette injustice dans chaque conversation, chaque rêve, chaque combat .Le mur pour moi, n’est pas juste une ligne sur une carte. C’est ce qui empêche mon peuple d’être entier. C’est pour ça que je parle, que j’écris .Parce que le mur existe aussi dans l’oubli, si personne n’en parle, il devient normal. Et je refusé que cette injustice devienne normale

Le Sahara occidental est aujourd’hui un territoire divisé entre la zone occupée par le Maroc, où vit la majorité de la population, et la zone contrôlée par le Front Polisario derrière le mur. «Depuis la rupture du cessez-le-feu en 2020, les tensions ont repris et le conflit reste sans solution durable». Les Sahraouis ne peuvent toujours pas vivre librement sur leur propre terre.

«L’origine du conflit remonte à 1975, lorsque l’Espagne quitte le territoire sans organiser le référendum d’autodétermination promis aux Sahraouis». Le Maroc et la Mauritanie envahissent alors le territoire, tandis que le Front Polisario lance une lutte armée pour l’indépendance. Malgré les promesses de l’ONU, le référendum n’a jamais eu lieu, laissant le peuple sahraoui sans possibilité de choisir son avenir.

Le mur construit au Sahara occidental a permis de réduire les affrontements directs entre les armées, «mais il a provoqué une séparation dramatique entre les familles sahraouies». Avant sa construction, les habitants circulaient librement dans le désert.« Désormais, des parents, des frères et des enfants vivent séparés depuis des décennies sans pouvoir se revoir. »

Pour le Maroc, ce mur représente une protection militaire. Pour les Sahraouis, il s’agit d’une séparation injuste et illégale. Long de plus de 2 700 kilomètres et entouré de millions de mines, il coupe le territoire en deux et rend les déplacements extrêmement difficiles. Certains habitants doivent parcourir des centaines de kilomètres pour rejoindre un autre village. Les jeunes ont des difficultés à étudier librement et les malades ne peuvent pas toujours accéder aux soins.

Selon Omeima le mur n’apporte pas une paix durable. Il fige simplement le conflit sans résoudre la question principale : «le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Tant qu’un référendum libre ne sera pas organisé, une paix réelle restera impossible.»

Enfin, les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, accueillent les Sahraouis depuis 1975.« Même si la vie dans un camp de réfugiés n’est pas une situation idéale, les habitants y ont construit des écoles, des hôpitaux et une organisation sociale afin de survivre dans la dignité malgré l’exil».

Selon Omeima les grands etapes du conflits sont:

1975: Marche Verte » 350 000 Marocains qui marchent vers le Sahara marque le début de l’occupation.

1976: Le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD). guerre commence

1979 : La Mauritanie se retire. Le Maroc annexe aussi la partie mauritanienne.

1980-1991 : Le Maroc construit le mur, progressivement. La guerre continue

1991: Cessez-le-feu de Ľ’ONU. Promesse d’un référendum. Les troupes de I’ONU arrivent (MINURSO)

Depuis 1991 : Blocage. Le référendum n’a jamais lieu. Le Maroc propose l’autonomie, malis refuse l’indépendance. Le statu QUO s’installe

2020: Rupture du cessez-le-feu. Retour des tensions armées.

Le témoin accuse l’Espagne d’avoir échoué dans sa mission de décolonisation du Sahara occidental. Selon lui, Madrid aurait dû organiser un référendum d’autodétermination pour les Sahraouis, conformément aux résolutions de l’ONU. À la place, les accords de Madrid de 1975 ont permis au Maroc et à la Mauritanie de se partager le territoire, laissant « chaos et trahison ». Il décrit ensuite l’occupation mauritanienne comme une période de violences, marquée par des massacres, des tortures et la répression des civils sahraouis. Son père aurait été emprisonné et torturé uniquement parce qu’il était sahraoui.

Dans cet entretien, la témoin estime qu’une réconciliation entre le Front Polisario et le Maroc reste possible, mais uniquement à travers « la justice pour le peuple sahraoui ». Selon elle, aucune stabilité durable ne pourra être obtenue sans reconnaissance du droit des Sahraouis à l’autodétermination. Elle compare la situation à « un couple qui ne peut réparer une trahison en l’ignorant ».Concernant la rupture du cessez-le-feu en 2020, elle affirme ne pas avoir été surprise. Après trente ans de négociations sans résultat, elle accuse le Maroc d’avoir renforcé son contrôle du territoire par des infrastructures et des changements démographiques. L’intervention marocaine à Guerguerat contre des manifestants sahraouis aurait marqué, selon elle, l’échec définitif de la communauté internationale à résoudre le conflit.