Plateau du Golan : trésor de ressources et territoire stratégique

Soldats israéliens regardant le mont Hermon, sur le plateau du Golan syrien occupé.

Décembre 2024 : l’armée israélienne envahit la totalité du plateau du Golan, appartenant légalement à la Syrie. Retour sur ce puits de ressources stratégique pour le Proche-Orient.

Des véhicules militaires israéliens traversent la Syrie à proximité de la ligne de cessez-le-feu entre le plateau du Golan occupé par Israël et la Syrie.
Photo : Reuters / Jamal Awad

Une exception en terme de ressources naturelles

Situé entre la Syrie, le Liban, la Jordanie et Israël, le plateau du Golan possède une superficie comparable à celle de la Martinique. Il représente une exception dans la région quand il s’agit de ses ressources naturelles. Dans une région en stress hydrique, on y trouve une moyenne de 900mm de pluie par an, bien supérieur à Paris, qui est de 637.4mm par an. Ce sont ces pluies qui alimentent le lac Tibériade, qui constitue 35% de l’utilisation totale d’eau israélienne. On y retrouve également de nombreuses ressources halieutiques. Cependant, le plateau ne constitue pas seulement des réserves d’eau, c’est également des ressources issues de l’agriculture. 40% de la viande du marché israélien provient du Golan, dont le sol basaltique permet une agriculture florissante. Les ressources du Golan sont exceptionnelles, mais de nombreux conflits ont eu lieu, et ont lieu pour s’approprier le plateau. 

Une oasis dans une région entre pénurie et stress hydrique

Le territoire du Golan est une véritable oasis pour le Proche-Orient. Et pour cause : les pauvres quantités d’eau et matières organiques d’une région entre pénurie et stress hydrique. Le Liban et Israël, avoisinant le plateau, sont en pénurie d’eau. Ces pays doivent majoritairement utiliser la désalinisation pour obtenir leur eau potable. Les quantités sont telles que le niveau de la Mer Morte, exploitée par Israël, diminue d’un mètre par an.

Depuis déjà plusieurs dizaines d’années, les conflits d’intérêts font rage. Dès les années 1960, des projets d’aménagement de l’eau se font face, et leurs pays derrière eux. On retrouve donc d’un côté les États Arabes qui veulent mettre en place un projet de dérivation des eaux du Jourdain vers le Yarmouk, coulant vers le sud-est, et de l’autre Israël qui veut mettre en place un réseau qui fasse profiter les eaux du lac Tibériade à une grande partie du territoire. Les deux projets se mettent en place en même temps, mais l’occupation illégale du territoire par Israël met fin au projet des États Arabes. Le National Water Carrier, réseau qui irrigue le pays jusqu’au Néguev, désert au sud d’Israël, est achevé en 1964. Encore aujourd’hui, c’est Israël qui contrôle une grande partie de l’eau en provenance du Golan.

La pénurie d’eau a aussi été utilisée comme arme lors de récents conflits. Des centrales de désalinisation au Bahreïn et au Liban ont déjà été ciblées par les bombardements iranien et israéliens. Si des accords, tels qu’un retour au traité de désengagement de 1974, ont tenté d’aboutir à des coopérations entre États, ceux-ci ont été avortés. 

Un théâtre de guerres

Cette importance du Golan syrien occupé attire naturellement de nombreuses convoitises. Le district a déjà été le théâtre des guerres des Six Jours en 1967 et du Kippour en 1973. Malgré des tentatives de médiations des casques bleus onusiens, c’est bien Israël qui occupe aujourd’hui illégalement ce territoire que la Syrie continue de revendiquer. Le Liban affirme également son désir de voir le nord du plateau lui revenir. Le plateau offre à l’État hébreu une protection militaire, de par ses montagnes, d’où la présence de 7 bases militaires sur le territoire depuis fin 2025.

Tsahal, l’armée israélienne, l’utilise également comme plateforme de projection pour intervenir en Syrie. Israël veut, selon son ministre de la Défense Israel Katz, « créer une zone […] exempte d’armes et de menaces terroristes, dans le sud de la Syrie, sans présence israélienne permanente ». Tsahal mène de nombreuses incursions militaires, parfois mêlées à des violences : une d’entre elles a causé la mort de 13 personnes, dont des enfants, en novembre 2025.

La situation pourrait d’ailleurs encore évoluer. Israël a profité de la situation d’instabilité politique suite à la chute de Bachar al-Assad pour proposer un accord de sécurité à la Syrie concernant le Golan mais aussi sur une grande partie de celle-ci. Cependant certaines clauses comme un grand espace démilitarisé proche de la capital sont défavorables pour la Syrie, et aujourd’hui il n’a encore aboutit à rien.

Par Adrien Garcin, Telma Lachuer, Manon Griffet et Timothé Chaudin.